CORPUSCULI APPARATUS à la galerie Frédéric Giroux

Posted on décembre 21, 2010 par

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par Charles-André Lemire

« Entendre pour mieux voir ou mieux voir pour entendre. » C’est, du moins, ce que l’exposition « Corpusculi Apparatus » – petit ensemble et appareil en latin – de Pierre-Laurent Cassière essaie de montrer. Le son y est « comme un médium liant les corps et l’espace à travers les relations dynamiques1 ». Thème récurrent dans le monde de l’art depuis John Cage et Steve Reich, le son a constamment intéressé les artistes pour sa musicalité, rarement pour son esthétique propre et la notion de bruit comme objet. Cela rend le sujet (en particulier dans la scénographie d’une exposition) à la fois sensible et complexe à traiter. Le son comme objet, son environnement et ses formes diverses ont comme particularité d’être invisibles – ou presque – et tout le défi, pour un artiste visuel qui propose un travail sur le son, se résume à son apparence.

Le corps du son

Dans un premier temps, il est intéressant de noter que, à l’instar de Christian Marclay et des artistes qui appuient leurs recherches sur la musique dans le champ artistique contemporain, Cassière utilise le bruit environnant, le bruit produit par les dispositifs qu’il crée lui-même. Le son créé est la conséquence d’une action du visiteur ou du temps qui laisse sa trace. Ce son est mis en exergue et transmis dans l’espace. Pour l’artiste, c’est le facteur de propagation lui-même qui rend le son intéressant. L’artiste met alors en place une série d’appareils qui créent, amplifient ou modifient un son généré dans l’environnement. Il utilise le son comme tremplin à la création ou la modification d’objets qui amplifient la présence, voire l’architecture de ces bruits. Dire que l’artiste ne s’intéresse qu’au son est alors une erreur, mais il en reste le fil conducteur de l’exposition. Loin des platines collées ou de la musique travaillée de Marclay, Cassière appuie sa réflexion sur l’aspect sculptural de l’objet de transmission. La construction du son, c’est le monde qui nous entoure. L’artiste n’est pas un musicien de l’extrême contemporain, ne crée pas le son à proprement parlé, il nous laisse le créer à sa place.

L’architecture du son

La particularité la plus frappante de l’exposition est sans doute le silence absolu des lieux. En effet, un calme plat règne dans ce white cube ; aucun bruit, seul le son des employés de la galerie, de leur travail se font entendre. Un paradoxe bien réalisé puisque, comme cité plusieurs fois, c’est le son de l’environnement et non de l’œuvre  qui y est mis en exergue. De même, s’il n’y a personne, l’œuvre ne se dévoilera pas ou pas totalement. On peut y voir une performance dans les rues de Paris d’un appareil à capter puis amplifier le son ambiant. La vidéo nous montre le système, puis l’action dans l’espace sans jamais nous faire entendre le produit de l’appareil. Aucune écoute possible du résultat, une vidéo silencieuse sur le son qui représente une belle mise en abîme en plus d’éviter la pollution auditive qui empêcherait la bonne visite de l’exposition.

La production du son nécessite, dans le cas présent, un matériel lourd et complexe. La réalisation de certaines œuvres est liée à ces dispositifs parfois très techniques, ce qui rend la tâche de médiation d’autant plus indispensable. Le fonctionnement de ces appareils se doit d’être expliqué de façon claire et limpide pour comprendre certaines pièces, ce qui fait visiblement défaut pour Corpisculi Apparatus. Malgré un cartel lu, relu et re-relu, l’exposition laisse le visiteur non féru de technologie relativement désarmé. A l’autre extrémité, certaines œuvres semblent parler d’elles-même avec simplicité et humour, ce qui rend le parcours encore moins cohérent. Le tout donne l’impression d’être dans un laboratoire où chaque machine fait son petit numéro via un casque d’écoute.

Bref, une scénographie inexistante ou presque, mêlée à un discours parfois tordu sous le poids de la technique, en font un lieu vide et inactif. On a du mal à cerner la vue d’ensemble de cette série d’œuvres pourtant intéressantes, voire amusantes. De plus, chacune des installations a en soi un intérêt certain, fait réfléchir sur les manières dont on perçoit les sons et leur production, questionne la validité des sons involontaires ou dysfonctionnels à travers les objets usuels que sont le casque d’écoute, le tourne-disque, la lampe électrique.

Cachez ce son que je ne saurais voir

Déception, donc, face à une exposition un peu froide et parfois inaccessible dans son langage technique. La médiation, quasi inexistante, nous apprend peu car l’œuvre est soit très simple, soit trop complexe. Dommage pour un travail qui malgré tout est très riche et intéressant par sa réutilisation d’objets ( platines, casque d’écoute ) pour amplifier le subtile, le banal. On aurait bien vu un hors les murs pour faire échos ( ! ) dans un nouvel espace, moins formaté, comme dans la cours intérieure de la galerie par exemple, pour rappeler ou renvoyer à sa thématique de base : le son comme ambiant et minimal, tissé dans notre environnement.

1Communiqué de Presse de l’exposition, galerie Frédéric Giroux

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