« BRUNE/BLONDE » à la Cinémathèque

Posted on mars 30, 2011 par

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par Elena Tyushova

Concevoir une exposition sur la chevelure féminine revient de traiter de la représentation de la femme. Alors comment Alain Bergala, commissaire d’exposition, met en scène la femme au 21e siècle à travers l’histoire de l’art et du cinéma ? Une réponse banale est de dire que la scénographie est classique. Encadré, placé sous les verres, sous les spots lights, accrochées aux murs et sur des écrans multipliées, nous voyons des belles brunes, blondes, rousses aux cheveux courts, longues mèches, aux coupes androgynes, qui sourient et séduisent.

Notons quand même que le scénographe de l’exposition est une femme, Nathalie Crinière. Mais il semble que la diplômée de l’école Boule en Architecture intérieure et de l’Ecole Nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris en design, n’avait rien à ajouter à la représentation classique de la femme : femme comme objet du désir. Et pourtant, on pourrait s’attendre à une approche, qui au moins, questionne une telle mise en scène.

L’exposition labyrinthique, conçu en cinq salles et comportant plusieurs petites chambres nous mène d’abord dans la salle  » Le mythe« . Ce hommage aux stars hollywoodiens et européennes impose une mise en scène opératique : un velours rouge couvre le sol, un chandelier en cristal au plafond et au centre, toujours, sur un fond rouge — un écran, divisé en neuf petits écrans (même principe de la mise en scène que l’exposition virtuelle). La femme nous regarde, elle chante, elle danse, elle se coiffe en souriant, mais soudainement, par la main invisible du monteur, elle laisse sa place à une autre femme. Les blondes et les brunes apparaissent et disparaissent de l’écran dans un rythme palpitant. Il est certain que les cheveux sont dans l’image, mais est-ce la coiffure qui attire le regard ou plutôt la beauté, la jeunesse et la séduction du mouvement ? Ce montage entre les plus grands œuvres cinématographiques comporte des extraits des films de Fassbinder, Hitchcock, Godard… Bien que les réalisateurs montraient des femmes fatales dans le but de la séduction du spectateur, il paraît que l’objectif de cette exposition est la chevelure. Il y aurait été plus honnête de l’appeler « Sex-symbol » au lieu de « Brune/Blonde ». Et inévitablement, Marylin Monroe est la blonde de cette exposition, nous confirme Alain Bergala dans un entretien publié dans la brochure de l’exposition.

Peut-être moins sexiste, mais plus incompréhensible est la scénographie de la deuxième salle. Intitulé « Histoire et Géographie de la chevelure féminine », elle comporte une grande salle et trois petits chambres, dans lesquelles il faut s’arrêter. De tous les œuvres cinématographiques mondiales possible, Bergala a choisi à représenter le cinéma oriental, afro-américain et japonais. La mise en scène y est autant spectaculaire qu’on se demande si c’est fait pour des enfants dans un objectif éducatif. Autrement dit, nous nous retrouvons dans des mises en scène kitch. Nous retrouvons un carrelage oriental dans la salle où on montre des extraits des plusieurs films bollywoodiennes et d’Abbas Kiarostami. Au milieu de cette chambre est placé une chaise de coiffeur… Dans la salle japonaise il y a un simple tabouret placé à côté d’un lave-mains en métal pâle vert et un ventilateur en plastique est attaché au mur qui est couvert de bambou. Le ventilateur, c’est pour souligner qu’au Japon il fait chaud ? La troisième chambre, celle du cinéma afro-américaine n’est pas moins pédagogique. Ce kitsch est sans doute didactique, mais il ridiculise les œuvres qui sont montré dans chacune de ces salles et la mise en scène attire plus notre regard que les extraits des films projetées.

Les excès de la scénographie diminue dans la suite de l’exposition, laissant davantage de place aux œuvres. La plupart de tableaux se trouvent comme dans un musée : sur des murs gris sont accrochées des tableaux de Pablo Picasso, Fernand Léger, Paul Delvaux, des toiles préraphaélites ainsi que des vidéos d’artistes comme celle de Marina Abramovic.

L’exposition traverse le siècle du septième art ainsi que celui de l’art plastique, mais ce n’est pas une exposition chronologique. « Il s’agit de faire dialoguer de manière inattendue œuvres et extraits de film. Créer du sens tout en sachant provoquer les attentes du visiteur » déclare Matthieu Orléan, collaborateur artistique de La Cinémathèque française, dans un entretien cité dans la brochure de l’exposition. Nul doute que les femmes qui viennent voir l’exposition restent sur leur faim. Cette exposition montre la femme « éternelle » mais évite de s’interroger sur la représentation sexiste liée aux normes sociales autrement dit, ce qu’aurait du évoquer une exposition sur la chevelure féminine !

« Brune/Blonde »

Une exposition arts et cinéma

51 rue de Bercy, Paris 12

cinémathèque.fr

6/10/2010 – 11/01/2011

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