DIDIER MARCEL au MAMVP

Posted on janvier 18, 2011 par

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Par Mélanie Benaiges.

Sommes nous l'élegance

L’exposition  Sommes-nous l’élégance se présente comme une promenade à travers un espace artificiel composé d’éléments inspirés du réel tels que les arbres, les rochers, les animaux… qui sont devenus au fil du temps des choses banales auxquelles on finit par ne plus prêter attention. C’est une sorte de « réalité-artificielle » que propose l’artiste en empruntant au réel ses formes, ses textures, afin de recomposer un espace purement artificiel à partir de moulages sur des éléments réels ou non (emprunte de l’écorce d’arbre, moulage d’une parcelle de terre labourée etc.). Ce mélange entre le réel et l’irréel est mis en scène de façon à ce qu’on ne puisse plus démêler le vrai du faux.

Une sorte d’immense tableau rouge fait l’ouverture de la première salle. C’est un moulage de terre labourée intitulée « Labour » et qui est l’ultime  d’une série de travaux fait précédemment par l’artiste. Cet immense « tableau » rappelle certaines peintures de paysages sillonnées marquées par le passage de l’Homme. C’est aussi l’emprunte faite d’un espace naturel précis mais modifié par l’homme qui la laboure et cela nous questionne sur le rapport existant entre la Nature et l’Homme.

Suit, une  autre salle dans laquelle se dessine au centre, un chemin de rochers en papier mâché de différentes teintes qui oriente le parcours de l’exposition. Ceci, est une évocation sans doute non voulue au conte du Petit Poucet, qui retrouve son chemin à travers la forêt grâce a cette ligne de cailloux. Sur les côtés, un grillage de voie de chemin de fer sérigraphié sur le mur de droite et une pile de rondins de bois à gauche encerclent l’espace. Ces éléments reprennent trois catégories bien différentes, celle de la nature « naturelle » avec la présence de rochers, le tas de rondins de bois qui serait la nature modifiée par l’Homme et enfin le grillage qui n’est que le résultat d’une création humaine. Ces trois lignes structurent l’espace de manière à créer une longue perspective. On se laisse guider, déambuler entre les rochers et y découvrir des feuilles de papier noir froissées qui donnent vie à ce paysage en signifiant la présence de corbeaux dont on imagine alors les cris.

Dans l’avant dernière salle, se trouve une maquette surprenante, car à l’inverse de celles qu’on peut voir habituellement, elle représente un bâtiment détruit, composé de gravats, de fils de fer etc. Cette idée d’habitation citadine complètement détruite contraste avec le naturel et l’harmonie des autres éléments de l’exposition mais semble introduire aussi le fait que la Nature est un endroit qu’il faut protéger. Des troncs d’arbres moulés en plâtre et recouverts de mousse blanche renvoyant à la forêt, rythment la traversée ; seul l’un d’entre eux possède une petite branche, unique indice de vie organique face à l’aspect macabre induit par la facture de plâtre blanc.

Enfin, la pièce finale qui selon les propos de l’artiste est une « clairière reposante », abrite quelques structures faites à partir de tréteaux de métal rouillé sur lesquels sont fixés des cornes qui évoquent des silhouettes d’animaux…  Une  impression de vide s’en ressent, accentuée par le graphisme linéaire que les silhouettes projettent sur les murs blancs. Au final, on peut noter que cette exposition passe graduellement d’un élément quasi mimétique en papier mâché a un élément en plâtre qui n’a plus que la forme du réel pour ensuite arriver à une silhouette filaire qui laisse deviner la présence d’élans.

Didier Marcel, Sommes-nous l’élégance

Exposition du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011 au Musée d’Art Moderne de Paris/ARC


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