Abraham CRUZ VILLEGAS à la Galerie Chantal Crousel

Posted on décembre 29, 2010 par

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Par Jessica Rosas.

Abraham Cruz Villegas a vécu pendant 3 ans à Paris. Pendant cette période, il a élaboré une série de parcours  en déambulant  dans la ville. Du 23 Octobre jusqu’au 20 novembre 2010, la galerie Chantal Crousel présente une des œuvres de l’artiste Mexicain, une installation intitulée Untitled .

Le vécu des personnes,  leurs origines sociales, géographiques, mais aussi leur manière de percevoir le lieu, leur permet de donne la définition d’un espace. C’est, donc, une notion subjective, propre à chacun et à chaque lieu.

Il existe une différence entre être natif, touriste ou immigrant à Paris. Le natif  fait corps avec les lieux de manière naturelle, comme s’il n’y avait pas de mutations. Le touriste est surpris par les stéréotypes et la réputation de la ville. L’immigrant  se trouve entre les deux positions. Il n’est ni l’une ni l’autre. L’étonnement se manifeste avec une sensation de nostalgie et  de peur.

Pour cette exposition, Villegas a construit un espace architectural précaire s’étendant sur tous les murs blancs de la galerie. La pauvreté des matériaux se constate par leurs mauvais états. On a l’impression qu’ils ont été recyclés ou trouvés dans des décombres : bouts et planches de bois, capsules de bière attachées à des clous. Dans certaines pièces, on voit aisément le passage du temps sur les couleurs des échafaudages, lesquels sont assemblés par de vieux clous. L’utilisation de ces matériaux est courante dans l’œuvre de l’artiste. Par exemple, La Polar (2002)[1] se compose de plumes qui entourent un parapluie placé à l’envers. Le geste de l`artiste est directement influencé par  ses racines. En effet, il est originaire d’un pays en voie de développement où la réutilisation des objets est nécessaire. Untitled et Autoconstructions[2] sont les meilleurs exemples de cette affirmation. Le premier  est appliqué au contexte d’immigrant Parisien.

A leur arrivée en France, les immigrants sont nombreux à chercher de nouvelles opportunités :  meilleures conditions de vie, études, travail… Ils ont une idée prédéterminée de ce que signifie « vivre dans une ville comme Paris ». Ils croient qu’il est simple de s’y établir, que la vie y est plus légère, moins complexe. Néanmoins, ils ne peuvent pas oublier l’aspect intimidant du lieu, malgré ses charmants musées, ses monuments, ses galeries, ses boutiques, ses bâtiments, la mode, etc…  Plus tard, la perception change. Ils découvrent alors une ville construite avec différentes structures, contrastes, formes et cultures…

“Ces points ne sont pas toujours mentionnés Dans les guides, même les plus étoffés: la Tecktonik, la poésie Slam, la banlieue, la mode, les pieds-noirs, les manifestations ou les grèves d’étudiants et de travailleurs, les sans papiers, Daft Punk et Justice, les chômeurs ou encore les royalistes”[3] [communiqué de presse de la galerie]

Bien que l’exposition se tient dans un quartier parisien célèbre pour ses galeries d’art (le Marais), l’objectif  de l’œuvre est d’introduire les lieux découverts  par l’artiste, qui sont, pour les touristes, moins courants et moins attirants. La galerie reste un lieu cloisonné et blanc, alors que l`œuvre  a réussi à s`approprier l’espace, à nous introduire dans l`inconnu, comme le fait l’immigrant à son arrivée dans la ville. L’installation est composée de nombreuses  formes improvisées (droites, courbes, hautes et basses) qui s’adaptent parfaitement à l’espace de la galerie. Pour visiter l’exposition, il faut traverser ladite structure en nous introduisant dans de petits espaces et en nous faufilant à l’intérieur de l’œuvre. Étrangement, en traversant l’installation, on croise à plusieurs reprises des maniocs interposés aléatoirement.  Ces tubercules sont un petit fragment de l’œuvre qui représente la nostalgie, la mémoire et l`identité de l’artiste.

Sur le mur d’un petit salon, on peut voir 28 dessins faits au crayon  ou au stylo. Ils ressemblent à des esquisses d’immeubles de différents styles et époques,  à des paysages urbains : parc, jardin, escaliers, rue, rampes, etc… L’artiste a voulu reconstruire et transposer quelques uns de ces éléments dessinés, à l’intérieur de l’œuvre, les  empatter,  pour que finalement la grande structure envahisse l’espace blanc de la galerie. En regardant ces dessins en détail,  la sensation d’être perdu, générée par les déambulations dans l’installation, disparaît. En effet, le chaos, l’intimidation, l’étonnement, la vitesse de la ville  se perdent de part la rigidité des esquisses froides et tendues.

Finalement, toutes les sociétés se construisent constamment une identité entre lieux et individus qu’on peut appréhender comme transculturation[4], comme mouvement de la vie, adaptation dynamique à l`espace,  perception notre propre corps.

Abraham Cruz Villegas, Galerie Chantal Crousel

Photo credit: Florian Kleinefenn

 

 


[4] ORTIZ, Fernando, 1940, “Contrapunteo cubano del tabaco y del azúcar (Advertencia de sus contrastes agrarios, económicos, históricos y sociales, su etnografía y su transculturación)”, contrepoint cubain du tabac et du sucre ( avertissements de ses contrastes agraires, économiques, historiques et sociaux, son ethnographie et sa transculturation) Cuba España, Madrid, 1999, Santí, Enrico Mario

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