LES RECHERCHES D’UN CHIEN à la Maison Rouge

Posted on décembre 5, 2010 par

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Par Marine Lestrade.

La Maison Rouge expose une quarantaine d’œuvres issues de cinq fondations privées regroupées sous le nom FACE.¹ Cette exposition itinérante est organisée sur la totalité des espaces de la Fondation Maison Rouge à Paris.

On aurait pu craindre que l’exposition ne soit qu’un prétexte à la création d’un nouveau réseau de diffusion des fondations. La présentation des pièces importantes des collections dans une quasi équité numérique, ou le choix du titre laissent songeur. Est-ce seulement un prétexte pour que cinq écrivains livrent en annexe du catalogue une nouvelle dans leur langue sensée faire le lien entre l’œuvre Les recherches d’un chien de Kafka (1922) et les pièces exposées ? Est-ce une comparaison entre l’artiste et le chien, une recherche d’identité propre et d’une reconnaissance de ses pères ? Ou un propos littéraire?

Le début de l’exposition ne nous éclaire guère sur les intentions curatoriales. On craint que ce rapprochement redondant art-littérature ne soit qu’un moyen de nourir un projet de diffusion et non pas de positionnement.

Sans surprise, une série de panneaux expliquant le fonctionnement des fondations s’étale le long du couloir. Va t’on enfin savoir ce que ce chien fait dans nos pattes?
On reste totalement dans l’atmosphére en tombant nez à nez avec deux œuvres appartenant au collectionneur Dakis Joannou. Il n’est absolument plus question des fondations, mais bien des proprietaires des pièces. car il s’agit bien d’une synergie entre cinq collectionneurs. Et comme nous le présentent les maigres cartels ( titre, date, nom de l’artiste et du collectionneur), nous ne sommes pas là pour capter une idée transversale, un positionnement. Aucun propos curatorial n’est présenté, aucune ligne directrice. Du coup on se promène dans l’espace et on apprécie l’agencement judicieux des pièces.

L’espace scénographique est harmonieux. Un vrai plaisir visuel. Ce qui est assez déconcertant d’ailleurs, car on laisse glisser notre regard d’une œuvre à une autre, sans aucun scrupule. Et si on peut craindre de manquer de recul, on se rend vite compte que, l’œuvre en est valorisée. Par exemple, l’accés à la vidéo The Landscape is Changing (2003) de Mircea Cantor est conditionné par le passage devant l’installation de néons sur échaffaudage du collectif Claire Fontaine (Strikes, 2004). Cette œuvre s’allumant et s’éteignant suivant la circulation et les arrêts du public. Ailleurs, l’œuvre de Martin Parr, Common Sense (1999) qui occupe tout un pan de mur, ne sature cependant pas l’espace qu’elle occupe. Au contraire, elle crée une transition entre l’installation de Mark Manders, qui est posée en plein milieu de la première salle et le reste de l’espace.
Les œuvres de Virginie Barré Sans titre (série des « Bonhommes venus d’ailleurs » de 2005) et d’Urs Fisch Mackintosh Staccato (2006) semblent quant à elles un peu punies dans leurs coins et réunies par leur seule couleur bleue.
La balade se poursuit, entre les différents collectionneurs et les œuvres exposées. Le choix des artistes est sans danger. Parmi les grands noms de la scène contemporaine, Bruce Nauman, Santiago Sierra, Jeff Koons, sont présentés des artistes français déjà très visibles internationalement comme Stéphane Thidet et Virginie Barré.

L’exposition nous laisse sur notre faim. Encore faut-il avoir la curiosité d’aller ouvrir les dossiers de presse et de regarder les articles proposés à la fin de l’exposition entre la porte de sortie et la bruyante caféteria. Et là, à l’écart des œuvres, on fait enfin émerger du sens. Il est question de portée politique, de l’engagement et bien sûr de la responsabilité et de la place de l’artiste. Les explications tardives donnent un autre sens à la visite. Là encore est-ce un choix curatorial ? Par une première visite avec une approche personnelle de l’œuvre, puis après un retour analytique suggère ?
Deux visites se juxtaposent alors et interrogent la portée du propos de l’artiste et de sa place dans notre société. Ce choix curatorial, s’il en est un, crée une double lecture décalée et de ce fait cohérente sur la quête d’identité de l’artiste contemporain.

Heureusement, il reste encore deux lieux à cette exposition itinérante : prochain rendez vous à Stockolm au printemps 2011 pour continuer de suivre les « recherches de ce chien ».

¹ FACE, , Foundation of Arts for a Contemporary Europe, crée en 2008, regroupe cinq Fondations privées européennes : Deste Foundation en Grèce, Ellipse Foundation au Portugal, Fondazione Sandretto Re Rebaudengo en Italie, Magasin 3 en Suède, et la Maison Rouge en France.

Les recherches d’un chien
La Maison Rouge, Fondation Antoine de Galbert
du 23.10.10 au 16.01.11

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