BRUNE/BLONDE à la Cinémathèque Française

Posted on décembre 5, 2010 par

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Par Juliette O’leary.

 

La cinémathèque française située à côté de Bercy est un musée qui propose des projections, conférences et expositions autour du cinéma. Après les grandes rétrospectives Dennis Hopper et Jacques Tati ou l’exposition Tournages Paris – Berlin – Hollywood, le cinquième étage du musée accueille Brune/Blonde, une exposition arts et cinéma. Les cinq salles qui composent l’exposition illustrent chacune une approche thématique différente autour de la chevelure dans le cinéma. Chaque s  ection comporte un ou plusieurs dispositif(s) audiovisuel ainsi qu’une sélection d’oeuvres plastiques variée : peinture, sculpture, photographie, dessin. Nous sommes invités à déambuler à travers une scénographie simple et linéaire conçue par Nathalie Crinière. Le patronyme de cette dame peut faire sourire quant au sujet de l’exposition, dont le commissaire est Alain Bergala. Si la visite de l’exposition ne nous suffit pas nous avons la possibilité de regarder le documentaire de 52 minutes Brunes et blondes diffusé sur Arte le 28 novembre ou d’assister à des projections et conférences organisées par la cinémathèque.

 

L' »analyse » de la chevelure à travers le cinéma débute par le constat de l’existence d’un mythe, puis continue sur l’élaboration d’une série de thèmes farfelus tels que La gestuelle, Les grands scénarios ou La matière. Dans la logique de la muséologie d’une cinémathèque, il n’est pas incongru d’y exposer du cinéma, mais pourquoi le thème du cheveux ? Dans l’article publié par Télé Obs à l’occasion de cette exposition, Alain Bergala exprime le souhait de relever le défi de parler d’un sujet peu étudié dans les livres en partant « d’une question qui peut paraître superficielle, charmante mais futile, et s’apercevoir qu’en la creusant on touche à des choses bien plus sérieuses ». C’est bien en creusant le thème du cuir chevelu qu’on découvre des pellicules, bobines de films sur lesquelles sont gravées les chevelures de Louise Brooks, Rita Hayworth ou Jean Seberg mais le lien qui les connecte à travers cette exposition est fragile.

 

Il semble que certains dispositifs audiovisuels soient mal exploitées dans la scénographie. D’abord, et de manière générale, la source lumineuse des vidéo-projecteurs s’impose face à l’éclairage discret des œuvres plastiques, occultant ainsi le soi-disant lien entre « arts et cinéma » établi au sein de l’exposition . La scénographie du « chapitre » Histoire et géographie de la chevelure féminine ne repose que sur l’exploitation largement illustrative des extraits vidéo présentés. Par exemple, un décor de salon de coiffure africain incite à s’asseoir pour regarder l’extrait vidéo qui se déroule lui-même dans un lieu similaire. Enfin, l’espace dédié aux Grands scénarios est équipé de trois cabines rondes aux parois tissées de fils. Les banquettes pourpres des enclos nous invitent à vivre un moment de cinéma intime, sentiment renforcé par les deux casques mis à disposition. S’il est certain que ce procédé est intéressant, la cohérence des extraits vidéo diffusés peu laisser perplexe.

 

L’aménagement d’une salle de cinéma taille réduite clôt le parcours et son enchaînement de maladresses. Y sont projetés six court-métrages réalisés dans le cadre de l’exposition par des artistes contemporains – Nobuhiro Suwa, Isild Le Besco, entre autres – dont l’objet est la chevelure féminine. Cette reconstitution miniature d’une salle de cinéma au sein de l’exposition semble incarner la fameuse mise en abyme du cinéma dans le cinéma, trop souvent utilisée. Cela rappelle que l’espace d’exposition s’ouvre sur un couloir dans lequel sont suspendus en enfilade et en hauteur trois écrans de taille moyenne. Le même extrait de film est projeté en boucle sur chacun des écrans dont la scène choisie représente elle aussi un couloir de pierre,où marche une femme à la longue chevelure brune. Ce procédé est le fil conducteur de l’exposition que nous retrouvons à chaque passage entre deux salles, à raison d’un écran par transition. Cette habile façon d’investir le couloir de l’entrée devient redondante et illustratrice du visiteur pénétrant la fiction visitée.

 

Brune/Blonde s’adresse à qui aime revoir les classiques de la féminité à travers presque un siècle de cinéma. La scénographie fait de l’exposition un espace charmant. Dommage que le stand « produits dérivés » jouxte les quelques dernières pièces artistiques. En partant, les amateurs d’art contemporain pourront admirer The Isolated Child, énorme sculpture d’Alice Anderson envahissant la façade du bâtiment.

 

Brune/Blonde, Cinémathèque française, Paris, du 6 octobre 2010- au 11 janvier 2011

 

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