Gabriel OROZCO au Centre Georges Pompidou

Posted on décembre 1, 2010 par

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Par Ilenia Cavallo.

Le Centre Georges Pompidou présente, du 15 septembre au 3 janvier, une exposition consacrée à l’artiste s.a.f.  ( sans atelier fixe !), Gabriel Orozco.

Le plateau de la Galerie Sud, normalement dévolu aux expositions temporaires d’architecture et de design, héberge cette fois-ci le travail pluridisciplinaire de l’artiste mexicain.

À cette occasion, la commissaire Christine Macel  a conçu, avec la complicité de l’artiste, un projet qui s’adapterait à l’espace d’exposition, à sa transparence et à son environnement urbain.

Le modèle proposé est celui de l’atelier, le discours est explicité dans le dossier de presse : « sans cimaises, sans dénominations ni commentaires, les œuvres sont disposées avec une simplicité proche du moment de leur création, avant l’incorporation dans l’appareil muséographique ».

Malheureusement, l’impression que livre l’ensemble n’est pas tout à fait en cohérence avec le propos initial. En matière de scénographie, l’exposition devient problématique à bien des égards. Effectivement elle se caractérise par une de cartels et d’informations relatives aux œuvres. Une question se pose : est-ce que cela peut suffire à rendre l’idée d’atelier ? Est-ce que l’absence de cartels peut justifier ce choix ?

On peut toujours fantasmer sur l’idée d’atelier, mais jamais on n’arriverait à l’identifier avec cet espace. Dans n’importe quel atelier, les objets ne sont ni accrochés aux murs  ni disposés de façon réfléchie et ordonnée.

Cette idée d’ordre et de règle, on l’aperçoit aussi en consultant le dépliant (seule et unique source de documentation sur place) distribué à l’entrée de l’exposition. La présentation de l’exposition (et des œuvres – trouvailles exposées) se fait à travers un parcours conseillé bien structuré : au mur, sur les tables, au sol. Rien n’est donc laissé au hasard ou à « la simplicité proche du moment de leur création ».

En déambulant dans l’espace nous nous apercevons tout de même que la mise en espace des objets a été longuement étudiée. Les œuvres sont placées sur trois lignes, une ligne d’œuvres accrochées aux murs, deux grandes tables, bien alignées, avec des objets bien rangés, et une autre ligne où d’autres œuvres sont ordonnées au sol. L’ensemble éclairé par une lumière très faible. Tout cela ne reflète pas la spontanéité mais au contraire la rigueur. Pour aller encore plus loin, serait-il possible dans un atelier de voir des distances de sécurité (tracés au sol) entre les publics et les œuvres ?

La question des publics est également intéressante. Pour cela une énigme se pose. À qui s’adresse l’exposition ? Doit-on rappeler que l’une des caractéristiques du Musée est d’être un lieu universel où tout public serait invité à explorer la création artistique ?

Il est flagrant que cette exposition n’est pas adaptée à tous les publics, comme par exemple les personnes à mobilité réduite ou celles ayant des problèmes de vue. Comment une personne obligée de rester assise dans un fauteuil roulant peut observer des objets posés sur une table à une distance d’environ un  mètre ?

Lors de la visite de l’exposition, on entend à plusieurs reprises des sifflets. En scrutant on voit des policiers assis à la place des gardiens des salles. On pense de suite à une blague un peu bizarre de la part de la commissaire. À moins que les surveillants aient anticipé le carnaval ! Le plan-dépliant dévoile alors le rôle des policiers  siffleurs (en réalité personnel surveillant du musée) « l’artiste et le Centre Pompidou présentent également une performance inédite mettant en scène des acteurs jouant le rôle de policiers mexicains «importés» pour garder les œuvres » .  D’autres questions se posent. Dans quelle mesure une institution comme le Musée national d’art moderne peut appeler performance le « sifflage » d’un gardien de salles déguisé?

Si, Christine Macel souhaite disposer les œuvres « avec une simplicité proche du moment de leur création, avant l’incorporation dans l’appareil muséographique », pourquoi alors placer des policiers afin de garder les œuvres ? Le but de « l’appareil muséographique » n’est pas celui de surveiller, protéger et conserver les œuvres ? Le propos de l’exposition se contredit encore une fois, dans la mise en pratique.

Quant à la documentation, comme on l’a dit, aucune explication n’est mise à disposition du public, hormis le petit dépliant. Doit-on rappeler qu’une autre fonction du musée est celle d’être pédagogique ? Pourquoi le même choix d’explication des œuvres n’a pas été appliqué qu’à d’autres expositions du MNAM comme dans le cas d’ « Elles@pompidou » où on assiste à une véritable polyphonie d’information ?

En sortant de l’exposition, on risque d’oublier tout objet vu (de loin). Le seul souvenir qu’on garde est une forte  migraine provoquée par les sifflets.

 

Gabriel OROZCO, Centre Georges Pompidou Paris, Musée national d’art moderne, 15 septembre 2010 – 3 janvier 2011.

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