FRESH HELL au Palais de Tokyo (2)

Posted on décembre 1, 2010 par

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Par Marine Lestrade.

Chaque année, le Palais de Tokyo invite un artiste à organiser une exposition en tant que commissaire. Succédant à Ugo Rondinonne, et à Jeremy Deller, l’artiste Anglais Adam McEwen propose une exposition sur les processus de création et les recoupements esthétiques.Le titre Fresh Hell reprend la célèbre expression de l’écrivain Américaine Dorothy Parker interrompue par un coup de téléphone en plein travail d’écriture. Synonyme à la fois de dérangement et de curiosité, cette expression marque le moment de doute et la crainte du manque d’inspiration.

L’exposition s’organise autour de six gravures sur bois de H.C Westermann, The Connecticut Ballroom Suite, de 1975. Ce sont des paysages à la fois métaphores de la vie et de la pratique artistique. Reproduites une à une sur le cartel de chaque salle, ces six gravures établissent un fil conducteur.

Dans la première pièce les trois têtes des rois de Juda en marbre sont mises en scène face à l’œuvre participative de Rudolf Stingel. La pièce est composée de feuilles d’aluminium sur panneau que le public est invité à venir taguer, gratter et s’approprier. Le visiteur participe à l’œuvre tout en la détruisant. Les trois têtes des rois perdues, abimées, sont exposées au problème d’authentification. Ces deux œuvres se font écho sur la reconnaissance du travail de l’artiste et de l’œuvre. La photographie de Hanna et Klara Liden prise sur un chantier encore vierge de toute construction pose le problème du recommencement à zéro. « Fresh Hell plonge dans l’histoire, proche ou lointaine, mais n’opère pas à coups de sonde verticale. Elle brosse des mouvements latéraux et organiques, génère nombre de paradoxes et la fraîcheur qu’elle apporte est constamment balayée par le souffle des revenants »¹. Adam McEwen, visiteur passionné de la séction médiévale du Metropol Museum of Art de New York, confronte des sculptures à des œuvres contemporaines.

La deuxième grande section s’ouvre au visiteur sur l’installation de Michael Landy. Il faut déambuler autour de ces étales vides composés d’acier, de contreplaqué et de pelouse synthétique verte. L’installation est mise en valeur par l’architecture « industrielle » du Palais de Tokyo.

Dans la troisième section -74.400.000 de Maurizio Cattelan interroge la valeur monétaire et la reconnaissance de l’œuvre d’art dans sa perte. Untitled (Tea Time) 1972, de Bas Jan Ader, joue sur les lois de la gravité, mettant l’artiste en danger.
La quatrième section commence avec la vidéo performance des sœurs Liden. La salle s’ouvre sur le labyrinthe en bois suspendu de Georg Herold. La structure légère et vide nous permet de voir les autres œuvres à travers. Cette pièce se réfère à la tentative de l’artiste de franchir le mur de Berlin. En sortant de ce labyrinthe on découvre la pièce de David Hammons, une capuche accrochée au mur. Plus loin encore sur la paroi du mur, Jessica Diamond écrit en noir avec une carte du monde « Is that all there is ? ». En revenant vers le labyrinthe on découvre les sculptures en bois de Sainte Marie-Madeleine et de Saint Florian.
La section cinq présente les six gravures sur bois de H.C Westermann matérialisant le lien narratif qui construit le parcours. Dans la dernière salle la sculpture de Rob Pruitt composée de jeans bétonnés dont les jambes sont levées en crescendo. L’autoportrait de Sarah Lucas, Is Suicide Genetic est une sculpture composée d’un fauteuil partiellement brûlé et d’un casque constitué de cigarettes. L’artiste explore les limites d’un thème oscillant entre protection et destruction. Dans cette salle sont également présentés des dessins d’Henri Michaux réalisés sous l’emprise de la Mescaline. Les artistes  de cette section interrogent à la fois les limites de leur médium mais aussi de leur propre existence. Dans la troisième section, on retrouve les photographies de l’artiste Gino De Dominicis, Tentativo Di Volo (1970) qui avait organisé une fausse notice biographique avec une fausse date de décès.
Sur le dernier mur de l’exposition, dans la section six, l’oeuvre d’Agathe Snow, Wallpaper (2009) est un papier adhésif estampillé de « Yes », imitant un tag dans la rue.

L’exposition s’articule autour des six gravures, mais le visiteur est libre de tisser des liens entre les œuvres. Le thème de la peur du manque d’inspiration est traité dans le choix des médiums comme dans le choix des artistes qui interrogent leur place dans le monde de l’art. Le choix de la gravure comme médium chez Westermann, tout comme de l’étalage de type marché chez Landy renvoient à des décalages entre une économie mondiale et le langage de l’artiste.

¹ Marc-Olivier Wahler, Editorial, Palais, 13, automne 2010, p5.

FRESH HELL, Palais de Tokyo, du 20 Octobre au 16 Janvier 2011.

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