Elles@centrepompidou

Posted on novembre 26, 2010 par

0


Par Ilenia Cavallo.

À partir du 27 mai 2009, le Musée National d’Art Moderne a choisi de retranscrire l’histoire de l’art presque uniquement à travers les œuvres d’artistes femmes.

Après « Big Bang » (destruction et création dans l’art du XX siècle) en 2005 et le « Mouvement des Images » (l’intention de redéfinir l’expérience cinématographique élargie à l’ensemble des arts plastiques) en 2006-2007, « elles@centrepompidou » est la troisième présentation thématique des collections du Centre Pompidou.

Une partie (8000 m2 tout de même!) des salles du Musée national d’art moderne présente plus de 500 œuvres, de plus de 200 artistes, qui n’ont pour unique point commun que le sexe de leur auteur/e. Le commissariat, à cette occasion est composé presque uniquement par des femmes. En tête, Camille Morineau, conservateur au Musée national d’art moderne, est suivie par Quentin Bajac, Cécile Debray, Valérie Guillaume, et Emma Lavigne. Ils décident d’aborder le sujet de l’exposition avec le choix  d’une narration à la fois thématique et historique. «  On ne naît pas femme : on le devient ». La célèbre phrase de Simone de Beauvoir dans « Le deuxième Sexe » (1949) s’impose chez les commissaires d’elles@centrepompidou.

Les niveaux 4 et 5 du musée, qui hébergent la collection du musée, ont subi un profond changement en matière de scénographie d’exposition.  Ainsi, l’exposition est structurée en sept zones- chapitres.  Au 5ème étage, dans la section réservée aux avant-gardes (renouvelé en avril 2010, les femmes), les « Pionnières » se mélangent . Au 4ème étage, les « tirs » de Niki de Saint Phalle réalisés en 1961 nous introduisent au chapitre « Feu à volonté » soutenant l’idée d’une domination masculine à abattre. Suivant le parcours d’exposition, on tombe sur le « Corps slogan ». Des artistes, telles que Kiki Smith, mettent en avant la force  politique du corps. Une remise en question des tabous et des stéréotypes liés à la représentation de la femme et à la vision patriarcale. La section « Eccentric abstraction » prend le titre d’un article de Lucy Lippard publié dans la revue Art international qui commente l’exposition éponyme qui a eu lieu à la Fishbach Gallery à New York. Ici on trouve des artistes comme Louise Bourgeois et Marthe Wéry. Suit la section « Une chambre à soi » qui se réfère à l’essai éponyme de Virginia Woolf, publié en 1929. Les Femmes comme Mona Hatoum ou Pippilotti Rist travaillent à partir d’un contexte domestique, d’une « cellule d’habitation »… Le langage est au cœur du processus artistique dans la section « Le mot à l’œuvre ». Un art narratif, souvent  autobiographique comme dans l’œuvre de Gina Pane. Les « Immatérielles » concluent l’exposition. Loin de l’idée selon laquelle le féminin serait du côté de la figuration, du matériel, et le masculin du côté de la pensée de l’immatériel, ce dernier chapitre ouvre la voie à la dématérialisation de l’œuvre d’art.

De nombreux éléments circulent autour de l’exposition et la documentent afin de faciliter sa compréhension, . On  constate que différents niveaux de médiation ont été choisis et mis en œuvre  par les auteurs de « elles@centrepompidou ».

À cette occasion, on a assisté à une véritable polyphonie d’information. Un ensemble de dispositifs et de méta dispositifs sont consultables à chaque moment  de la visite, mais aussi à l’extérieur de l’exposition elle-même. Par exemple, un espace virtuel « elles.centrepompidou.fr », réalisé conjointement par l’INA et le Centre Pompidou et enrichi en permanence, est entièrement dédié à la nouvelle présentation des collections. Un lourd catalogue de 380 pages est aussi disponible. À l’intérieur de l’exposition, une audio guide multimédia, disponible en vente, nous permet de personnaliser le parcours de l’accrochage. Des citations sont affichées sur les murs de l’axe central du 4e étage et sur quelques cimaises. Les cartels des œuvres (souvent commentées par les artistes), expliquent, démontrent et justifient les histoires, les pratiques et les intentions de ces femmes artistes.

Autour de l’exposition, un grand nombre d’initiatives attirent les publics : animations artistiques, mais aussi littéraires (le cycle de lectures « Revues parlées », ou le cycle de conférences « Un dimanche,une œuvre »…). Le musée consacre un cycle de films à l’œuvre des femmes cinéastes qui ont marqué l’histoire des images en mouvement.

Pour conclure, des pratiques « extra-muros » concernent également l’exposition. Par exemple, un cycle de promenades urbaines est organisées. Des créatrices, auteures, architectes, nous conduisent du musée à des lieux dans la ville, le but étant de montrer comment  elles vivent et expriment le féminin dans leur quotidien.

Publicités